Les murs en démolition, portes condamnées ou fenêtres murées de Belleville et de Ménilmontant à Paris, offrent un support poétique aux peintres des arts urbains, l’artiste urbain Némo fait la jonction avec le vrai Paris en voie de disparition et agit en révélateur de sens. Il s’est associé à Jérôme Mesnager dont les personnages blancs, expression du bonheur, mémoire du corps idéal dansant, trace d’un corps performeur peint en blanc, répondent au mystérieux homme gangster nocturne en silhouette noire de Némo, au cours de nombreuses collaborations picturales sur les murs parisiens. C’est un art urbain précurseur qui apparait à Paris et en région parisienne à cette époque.

Nemo, peintre-pochoiriste, né en 1958 à Paris, a été inhumé au cimetière du Père Lachaise à Paris le 15 septembre dernier où nous lui avons rendu hommage avec un lâcher de ballons rouges. Son pseudo fait référence à Little Nemo in Slumberland de Winsor Mc Kay, petit prince de la BD à l’univers onirique. Son motif du ballon rouge évoque le film Le ballon rouge d’Albert Lamorisse.

En 1990 il crée le Zoo de Ménilmontant. De 1996 à 2000 Némo peint d’énormes fresques à Bogota avec des ballons rouges. Il passe à la TV japonaise en 1998.

Peinture murale Mesnager – Nemo – Mosco

Il a influencé d’autres artistes des arts urbains comme Bansky le londonien qui a peint La petite fille au ballon rouge en 2002 sur le pont Waterloo. Également Zoo project, peintre urbain ayant travaillé sur les murs de Paris 20e essentiellement, mort assassiné à Détroit à 23 ans. Aussi Megumi Nemo, jeune street-artiste d’origine japonaise à Paris s’est inspirée de son pseudo. Le street-art est un secteur des arts visuels un peu en marge de l’art contemporain, puisqu’il est par essence libre de toute commande à l’origine et fonctionne davantage à l’intuition et en dehors des galeries au départ de la démarche.

KTY Catherine Poulain, artiste des arts urbains depuis 1989 après la chute du mur de Berlin lors d’un périple dans les pays de l’est, elle commence à écrire sur les murs. Puis à Paris elle pose son premier pochoir de texte en 1996 sur les lieux en démolition. Elle publie son premier recueil d’écriture et développe sa peinture. Elle décide après la disparition de Némo, de proposer une collaboration à Jérome Mesnager à partir d’une de ses peintures abstraites à base de dripping à l’encre de chine et acrylique créée quelques années auparavant, sur laquelle il a posé sans hésiter son bonhomme blanc au pinceau. Elle a composé l’ensemble en diptyque de papier marouflé sur toile avec son cheval fougueux au pochoir exposé lors des portes ouvertes des artistes de Montreuil dans l’atelier de Jérôme Mesnager les 9, 10, 11 octobre 2021.

Collaboration KTY – Mesnager , encre et peinture acrylique sur papier marouflé sur toile 65 cm x 100 cm

Le motif de chevaux sauvages et rebelles, KTY l’a créé à son retour de Chine en 2010, puis posé dans les rues et à l’intérieur de lieux abandonnés de la capitale et gérés par des artistes depuis 2011. Ensuite décliné en plus petites tailles exposées dans des galeries. C’est pour elle un symbole de liberté, de voyage et d’audace. C’est cette liberté qui nous a tant manqué durant les dernières années à cause de la crise sanitaire qui nous a empêché d’exposer et nous a limité dans nos déplacements. Le sens de la vie, le rôle de l’artiste devient essentiel dans la solitude d’un monde fragmenté et limité pour dépasser les obstacles posés.

Catherine Poulain fonde Transversales K, mouvement d’artistes en 2004, puis avec Alexis Denuy, auteur et peintre, ils fondent le Collectif NAO (Now Artists Outsiders) en 2017, avec lequel ils créent des performances dans l’espace public, ils ont co-écrit le Manifeste NAO publié dans la revue Canadienne Inter. Ils ont été par la suite présentés par Paul Ardenne, critique et historien d’art.

Catherine Poulain, Paris, le 8 octobre 2021